vendredi 28 octobre 2022

Nuke & Arrêts !

 Article paru sur Internet le 26 septembre 2022.


Réacteurs nucléaires à l'arrêt en France : à qui la faute ?

Gérard Petit et Telos – 26/09-2022 Source : Réacteurs nucléaires à l'arrêt en France: à qui la faute? (msn.com)

Injonctions, contrôles, reporting serré... L'exécutif veut reprendre la main. L'opérateur EDF, jugé défaillant, est désormais sous surveillance rapprochée. Une analyse orientée, mal fondée, qui redistribue sans vergogne les cartes et les responsabilités, au risque fort de la confusion des rôles et de l'inefficacité.

Si aux yeux des opinions, le nombre de réacteurs nucléaires actuellement à l'arrêt (vingt-sept sur cinquante-six) est inquiétant, il l'est aussi pour les professionnels de la filière qui doivent relever un défi d'importance pour l'économie du pays et de ses citoyens, et pour la crédibilité de leur outil industriel.

Certes, c'est une conjonction de contingences adverses qui a conduit la flotte actuelle de réacteurs à ce niveau d'indisponibilité, et si aucune des difficultés rencontrées n'est rédhibitoire, en soi, leurs effets se potentialisent pour déboucher sur la situation critique que nous connaissons.

Détracteurs durables

Surfant sur la vague créée par ce contexte inédit, les adversaires du nucléaire ont vu leurs carquois se remplir de nombre et variétés de flèches qu'ils peuvent décocher sur ce grand corps malade qu'est actuellement la flotte française de réacteurs.

Les premières visent le caractère systémique que peut prendre tout ennui ou avarie, soit parce que plusieurs réacteurs sont touchés, soit parce qu'on considère qu'ils pourraient l'être, et que, par application du principe de précaution, on doit les arrêter pour investiguer, quitte à les mettre parfois durablement en panne.

Autre dimension de ce même aspect systémique : les contraintes liées au refroidissement des réacteurs (en bord de rivière ou d'estuaire) en période de fortes chaleurs, lesquelles ont de beaux étés devant elles, avec l'évolution climatique.

Réacteurs nucléaires à l'arrêt en France : à qui la faute ? © Fournis par Slate

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Le nucléaire français a raté l'occasion de se démarquer

La seconde bordée vise à assimiler ennuis techniques et vieillissement incontrôlé des installations, même si les faits démentent absolument ces assertions. Ainsi, la corrosion sous contrainte (CSC)[1] qui affecte certains réacteurs (à des degrés très divers d'ailleurs) concerne les unités les plus récentes du parc.

Troisième volée : les indisponibilités actuelles seraient dues à l'accumulation de laxismes, de reports et d'impasses dans la maintenance des réacteurs au fil des années, de telles inconséquences aboutissant à l'impossibilité physique de continuer à les exploiter.

C'est un propos qui se répand et dans cette veine, la pression exercée par le gouvernement sur EDF pour le redémarrage de tous les réacteurs est parfois vue comme irresponsable, la crainte sous-jacente étant qu'on redémarre, à tout prix, des réacteurs peu sûrs.

Tout au contraire, le parc de réacteurs d'EDF est toujours resté exploité avec sérieux et professionnalisme. Quant aux contrôles auxquels il est soumis, c'est faire bien peu de cas du rôle capital de l'ASN, l'Autorité de sûreté nucléaire, administrativement indépendante, omniprésente, compétente et reconnue partout comme telle.

Déterminants durables

Pour les opinions, il n'est pas aisé de démêler le vrai du faux, de peser la réalité des dangers agités, ni de distribuer les responsabilités.

Il est clair, pourtant, que la situation est sans précédent et que les interrogations sont pleinement légitimes, d'autant qu'elles viennent percuter les arguments habituels des partisans du nucléaire, qu'ils présentent comme l'outil de l'indépendance énergétique et du courant disponible et peu cher.

Le programme de modifications des installations demandées par l'Autorité de sûreté nucléaire est l'une des causes principales de la situation.

Certes, ces opinions ont été travaillées de longue date, avec des discours réitérés sur le risque encouru d'avoir mis « tous les œufs dans le même panier », un argument des pro-énergies renouvelables, comme si l'intermittence de leurs champions pouvait garantir une continuité de fourniture. L'argument vaut pour l'étoffement d'une flotte de CCGaz[2], mais on touche là les limites de l'alternative, avec les événements géopolitiques actuels.

De fait, c'est l'ampleur et le calendrier de réalisation du programme de modifications des installations demandées par l'ASN, afin de permettre une exploitation des réacteurs au-delà de quarante années de fonctionnement (et pour dix années supplémentaires, au moins), qui est l'une des causes principales de la situation.

La raison de ce programme, qui n'existe nulle part ailleurs par son ampleur et sa profondeur, ne tient nullement à un niveau de sûreté de conception et d'exploitation des réacteurs français qui se serait décalé des standards mondiaux (il en constitue au contraire le fleuron), mais bien à un degré d'exigence de l'ASN, qui a mis la barre très haut.

Vidéo associée : La centrale nucléaire de Doel 3 débute sa phase d'arrêt définitif ce soir :
https://www.rtl.be/info/video/823331.aspx

Se superposent à ces contraintes celles résultant des modifications dites « post-Fukushima » avec en particulier la mise en place d'un important «noyau dur»[3] pour chaque réacteur, dont ceux candidats au franchissement du cap quarante ans.

La réalisation de ce programme est une condition nécessaire (mais pas forcément suffisante) pour que l'ASN puisse autoriser la poursuite de l'exploitation, sachant qu'aucune limite physique au prolongement du fonctionnement des réacteurs (vieillissement des équipements non remplaçables, les cuves en particulier) n'a été identifiée. Pour donner une idée de l'importance des travaux afférents, chaque réacteur est arrêté six mois (en ordre de grandeur) pour pouvoir les réaliser.

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Actuellement, sept réacteurs de 900 MWe (mégawatts électriques) sur trente-deux ont achevé cette séquence et une dizaine sont en chantier. Il y a donc encore du travail en longue perspective, une dimension qui semble incompatible avec les injonctions martiales du temps présent.

Une fois encore, on ne peut séparer les efforts à réaliser pour requalifier les réacteurs aux nouvelles exigences de l'ASN de la richesse énorme qu'ils pourront produire dans la décennie qui vient et très probablement au-delà. Mais ces outils, à forte intensité en capital, ne pourront donner leur mesure économique que si leur exploitation n'est pas inféodée à la seule compensation des intermittences de flottes éoliennes et solaires, qu'on s'apprête parallèlement à hypertrophier.

Il n'y aura pas de place rentable pour tous les acteurs si les conditions d'accès au réseau ne sont pas profondément transformées. Il est donc à craindre que les conditions d'une pleine valorisation de l'énorme effort entrepris pour pérenniser le parc nucléaire, à un haut degré de sûreté, ne soient jamais réunies.

Insuffisances durables

Comme expliqué par EDF, les effectifs compétents des entreprises chargées de la réalisation des modifications ont tous été mobilisés, mais le planning global était très serré et enchâssé dans celui des arrêts fatals pour rechargement du combustible, le tout à la merci du moindre bouleversement.

Or le Covid a d'emblée désorganisé cette horlogerie sans jeu. Des réacteurs se sont ainsi trouvés arrêtés sans qu'on puisse y réaliser les travaux prévus à cause de l'allongement des chantiers sous Covid sur d'autres réacteurs, qui mobilisaient les compétences requises, non duplicables. Une réaction en chaîne, implacable.

Le gouvernement veut mettre l'activité nucléaire d'EDF sous une tutelle incompétente, un choix politique qui pourrait bien se révéler imprudent.

La corrosion sous contrainte (CSC) s'est ensuite superposée à une situation déjà très compliquée, rendant la gestion de l'ensemble inextricable, d'autant que les options de sûreté prises par EDF en face de ces désordres inattendus (de la CSC affectant l'inox forgé, c'est une surprise industrielle !) ont été conservatoires, avec mises à l'arrêt de réacteurs affectés, ou pouvant l'être, et découpe des tuyauteries suspectes, parfois à raison, mais parfois pas.

Or les réparations (remplacement des tronçons affectés) sont particulièrement lourdes (approvisionnement spécifiques longs et délicats, puis soudages par des maîtres qualifiés et contrôles pointus, le tout en ambiance radioactive).

Phobies durables

Des marges raisonnables dans le dimensionnement de notre parc de production électrique n'auraient certes pas tout réglé, mais elles auraient au moins permis de pallier, en ordre de grandeur, l'effacement des réacteurs concernés par la CSC.

Mais ces marges, qui existaient, étaient essentiellement composées de centrales thermiques classiques (charbon, fioul) et les Verts aux portes du pouvoir, puis au pouvoir, n'ont eu de cesse de dénoncer ces pollueuses émettrices de CO2 (même si elles n'étaient presque jamais utilisées) et face à la galerie européenne, il n'était pas question de présenter un parc de production national possédant encore ces stigmates d'autres temps idéologiques –surtout quand il s'agit de montrer le chemin !

Réacteurs nucléaires à l'arrêt en France : à qui la faute ? © Fournis par Slate

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La loi dite «Énergie-climat» de 2019 a d'ailleurs scellé le sort de ces centrales: toutes devaient être arrêtées en 2022 et leur fonctionnement strictement limité dans l'intervalle. Des décisions bien imprudentes, mais les décideurs avisés d'alors sont toujours au pouvoir, mieux, sur les mêmes créneaux.

Cette ultra-phobie des centrales « classiques » charbon, que nos voisins allemands redémarrent par dizaines, contraints par les carences en gaz russe, ne s'est pourtant pas éteinte en France, malgré le dur choc avec le réel.

Dans sa philippique pointant la responsabilité d'EDF dans la crise actuelle, notre Première ministre presse l'opérateur de tenir les délais affichés de redémarrage des réacteurs afin, surtout, que le pays ne soit pas contraint à redémarrer l'unité charbon de Saint-Avold. Une déclaration surréaliste : on imaginait le péril sous la forme de coupures, voire de black-out, mais nous voilà décillés, c'est une alerte au feu de cheminée !

Avec l'arrêt des deux réacteurs de Fessenheim, c'est au total plus de 10 GW, soit une capacité équivalente à douze réacteurs nucléaires, qui ont été retirés du jeu en quelques années (douze réacteurs sont affectés par la CSC… magie des chiffres ?).

Les 1.650 MW de l'EPR de Flamanville manquent cruellement. Mais s'interroger sur les déboires du projet fait immanquablement repasser par ces mêmes déterminants qui plombent actuellement la maintenance de la flotte en exploitation : manque de perspectives pour une filière exigeante et donc, manque d'une masse critique de compétences.

Impasse durable

Le gouvernement veut mettre l'activité nucléaire d'EDF sous une tutelle incompétente. Ce choix politique pourrait bien se révéler imprudent, un appareil aussi inertiel que la filière nucléaire ne pouvant se conformer, sans délais, aux souhaits du politique, surtout quand ceux-ci sont clairement contradictoires.

Vouloir dénoncer devant l'opinion l'incurie d'EDF, incapable de respecter les dates de redémarrage des réacteurs, en mettant l'entreprise sous tutelle de ministres, est un mépris ostensible des salariés et de tous les sous-traitants impliqués, lesquels ont fait de leur mieux, dans des conditions sanitaires (Covid) ou météorologiques (canicule) souvent éprouvantes, pour exécuter des tâches difficiles.

Une telle attitude est un déni de réalité, et illustre bien le pilotage hors sol du dossier par des responsables politiques, au plus haut niveau, qui conduisent sans rétroviseur, mais aussi sans vision.

Réacteurs nucléaires à l'arrêt en France : à qui la faute ? © Fournis par Slate

1 — La corrosion sous contrainte (CSC) résulte de l'action conjuguée d'une contrainte mécanique et d'un milieu agressif. Cette dégradation conduit à l'amorçage d'une ou plusieurs fissures puis à leur propagation au sein du matériau.

2 — CCGaz : centrale thermique à cycle combiné gaz, une centrale électrique brûlant du gaz naturel et utilisant le principe du cycle combiné (turbine à gaz + turbine à vapeur).

3 — Création d'un « noyau dur » constituant une ligne de défense supplémentaire pour faire face aux agressions extrêmes afin de limiter les rejets radioactifs massifs et d'éviter les effets durables dans l'environnement. Entre autres, une source électrique autonome supplémentaire permettant le refroidissement du réacteur est créée (DUS, pour diesel d'ultime secours).


vendredi 21 octobre 2022

vendredi 7 octobre 2022

3ème révolution énergétique

 Relecture du livre "La troisième révolution énergétique" (publié en 2008) d'Anne Lauvergeon et Michel-H. Jamard chez Plon.

14 ans écoulés depuis sa publication et toujours d'actualité !
Il n'est pas certain que le contenu de ce livre ait été bien compris lors de sa parution ?

Quelques pages extraites de ce livre, mais loin d'être exhaustives.

4ème page de couverture.

Table des matières page 211, permet de se resituer dans ce livre et donne un aperçu des sujets traités.

3 pages de l'avant propos. Au passage, près de 50 ans plus tard après le 1er choc pétrolier et la fin des trente glorieuses, nous devons envisager de faire des économies d'énergies.



Extrait du "Très chers hydrocarbures", déjà en 2006, Gazprom interrompait les livraisons de gaz. Les analystes en géopolitique n'ont rien vu venir ?

Le nucléaire, énergie recyclable


Le nucléaire en question, et retour sur Tchernobyl

"une Trabant dont on aurait saboté les freins ..."

Dernière page du récit, conclusion de la conclusion.



vendredi 30 septembre 2022

EDF ! ?

 Ci-dessous 2 articles concernant la "fausse" concurrence à EDF. Une histoire de fou ?
Entre les 2 articles, une vidéo clairvoyante du 11 février 2022 de Jean-Marc Jancovici en pleine campagne des présidentielles.

Source : Electricité: pourquoi certains fournisseurs encouragent leurs clients à rejoindre EDF (msn.com)

Electricité : pourquoi certains fournisseurs encouragent leurs clients à rejoindre EDF

24 août à 15 :59

Les temps sont durs pour les fournisseurs d’électricité alternatifs. Confrontés à la flambée des prix, plusieurs acteurs du secteur se sont retirés du marché ces derniers mois. Parmi eux, Oui Energy, Bulb ou encore Leclerc Energies. De son côté, Cdiscount n’accepte plus de nouveaux clients, tandis qu’Hydroption a été placé en liquidation judiciaire fin 2021.

La facture d'électricité annuelle des salariés et retraités d'EDF est comprise entre 75 et 110 euros. © Damien Meyer - AFP

Plus récemment, Mint Energie a envoyé un mail à ses clients bénéficiant d’un contrat à prix fixe pour leur annoncer que le prix de leur abonnement serait bientôt plus cher en raison "de l’augmentation constante des prix d’achat d’électricité sur le marché de gros depuis plus d’un an".

Mais le fournisseur n’en reste pas là. Dans la suite du mail, il incite ouvertement ses clients concernés à "passer chez EDF" pour bénéficier du tarif réglementé de vente (TRV). De quoi faire de sacrées économies : 218 euros précisément dans le cas de Romain, client chez Mint, selon une estimation réalisée par le fournisseur lui-même.
10.000 contrats résiliés chez Iberdrola
Même mauvaise surprise pour les clients d’Ohm Energies, alertés il y a quelques jours d’une hausse de tarifs imminente. Le fournisseur, "en train de lâcher", selon la présidente de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) Emmanuelle Wargon, ne retient pas plus ses abonnés et leur rappelle qu’ils peuvent "résilier sans pénalités leur contrat à tout moment dans un délai de trois mois".

Quant à Iberdrola, il conseille lui aussi à ses 2% de clients en fin de contrat (soit 10.000 particuliers) de chercher un autre opérateur, assurant ne pouvoir empêcher une flambée du tarif. "Ce sont des clients qui ont des contrats avec un tarif garanti et qui arrivent à échéance à fin octobre 2022", a expliqué sur BFM Business Emmanuel Rollin, directeur d'Iberdrola France. Si le fournisseur espagnol avait décidé de reconduire ces contrats, "nous aurions été obligés de répercuter la hausse qui est astronomique du coût de l’électricité, donc il y a un fort risque pour nos clients. Il existe sur le marché des contrats avec tarif réglementé, et c’est l’option que nous proposons".

Vidéo associée : Gaz & électricité : Damien Ernst propose trois mesures pour faire baisser les prix
Gaz & électricité : Damien Ernst propose trois mesures pour faire baisser les prix | Watch (msn.com)

Les clients en souffrance sont désormais invités à se tourner vers le comparateur d'offres mis en place sur internet par le Médiateur de l'énergie. Mais EDF a aussi obligation de reprendre ceux qui souhaiteraient revenir à son tarif réglementé. Ce TRV correspond au prix de l’électricité uniquement proposé par le fournisseur historique. Fixé trois fois par an par la CRE et approuvé par le gouvernement, il vise à garantir aux consommateurs un prix de l’électricité plus stable que sur les prix du marché. Pour 2022, sa hausse a ainsi été limité à 4%.
Plafond de l'Arenh relevé (Arenh = Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique)
Si la situation actuelle a permis à EDF de ne plus perdre de clients, les fournisseurs alternatifs qui proposent des offres à des prix fixés librement ont au contraire été affaiblis. Au premier trimestre 2022, les offres à tarifs libres n'ont gagné "que" 163.000 clients, soit -137% par rapport à 3e trimestre 2021, selon le dernier bilan de la CRE.

Pour soutenir ces acteurs exposés à la volatilité des marchés -la plupart ne produisant pas suffisamment d'électricité- le gouvernement a pris la décision en février de relever le plafond du mécanisme nommé Arenh de 20%, le faisant passer de 100 TWh à 120 TWh. Concrètement, cela correspond au volume d’électricité nucléaire bon marché (42€/MWh) qu’EDF, en tant que producteur disposant d’un avantage compétitif grâce à son parc, est obligé de revendre à ses concurrents.

Une fois ce volume réparti entre les différents acteurs, les fournisseurs alternatifs doivent s’approvisionner sur les marchés de gros pour compléter leurs besoins. A des prix qui n’ont cette fois plus rien à voir. Pour la France, le MWh touchait ces derniers jours les 700 euros. Une flambée impossible à assumer pour les fournisseurs, à moins de la répercuter sur leurs clients ou de résilier le contrat de certains abonnés comme l'a fait Iberdrola en les invitant à rejoindre EDF.
Une revente sur les marchés ?
Mais pourquoi des fournisseurs poussent-ils délibérément une partie de leurs abonnés vers la sortie, parfois sans même attendre de savoir s'ils accepteraient une hausse de leur facture ? Pour certains, cette incitation à partir chez la concurrence aurait pour but de profiter du mécanisme de l'Arenh. D'ailleurs, le moment choisi par Mint ou Iberdrola pour encourager leurs clients à résilier interroge. En effet, les quotas d’Arenh dont dispose chaque acteur alternatif sont calculés sur les périodes à faible demande. Soit le week-end, les jours fériés et surtout… en juillet et août.

Pour obtenir le maximum d’électricité bon marché, les acteurs alternatifs ont donc "intérêt à avoir le maximum de clients l’été", estime sur Twitter Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis. Avant de chercher à réduire leur portefeuille d'abonnés à la fin août. De sorte qu'ils puissent non seulement disposer d'un volume d'Arenh suffisant pour les besoins de leurs clients, sans avoir à s'approvisionner sur les marchés de gros, voire même d'un surplus qu'ils pourraient revendre à prix forts sur les marchés.

Client de Mint, Romain n'est pas "contre l'idée" de s'abonner chez EDF. "Mais cela interroge sur l'allocation de droits Arenh à ce fournisseur et leur possible revente à prix d'or sur les marchés, au lieu de les fournir à leurs clients à prix décent. Cela paraît en tout cas suspect qu'une société privée invite ainsi ses propres clients à aller voir chez la concurrence", explique-t-il. Contacté, Mint Energie n'a pas répondu à nos sollicitations.

De son côté, Emmanuelle Wargon qui a reçu les dirigeants d'Iberdrola France mardi, a mis en garde : "On a abordé deux sujets avec eux, souligne-t-elle. D’abord, le respect de la réglementation et le fait qu’ils n’en profitent pas pour faire des surprofits. On sera intransigeant là-dessus", a déclaré la présidente de la CRE. L'autorité chargée de veiller au bon fonctionnement du marché de l'énergie avait par ailleurs promis fin 2021 de procéder "à des contrôles ex post renforcés de l’utilisation qui sera faite des volumes (Arenh) attribués".

Fin du 1er article

Avant second article, qu’en pense J-M Jancovici ?

+ Capture d’écran pour resituer les scénarios RTE « 2050 » sur N. Si on retient ce qu’à dit notre président Macron avant sa réélection, nous nous situons sur « N2 », « dit autrement » : 2/3 ENR + 1/3 Nuke. Niveau crédibilité « En même temps » et sans oublier des décennies de « Stop and Go » cité dans la vidéo jointe.

     
https://fb.watch/f8qpgpZ20O/
(Du 11 février 2022, donc avant réélection de « Macron) J-M Jancovici 

    - ENR/Nucléaire de 1 h 08 à 1 h 20,
    - Concurrence EDF (*) de 1 h 20 à 1 h 36
    - Hydrogène de 1 h 36 à 1 h 45 et,
    - PTEF (Plan Transformation Economique France) de 1 h 45 à la fin.

(*) A retenir surcoût pour 10 milliards emprunter sur 60 ans entre 2% (emprunt d’Etat) et 10% emprunt sur le marché = 90 milliards.


 

Second article qui ajoute une couche.

Le prix de gros de l'électricité pour 2023 atteint un nouveau record à plus de 1 000 euros le mégawattheure, contre 85 euros il y a un an

France Info – 26 août 2022
Le prix de gros de l'électricité pour 2023 atteint un nouveau record à plus de 1 000 euros le mégawattheure, contre 85 euros il y a un an (msn.com)

En un an, le prix a été multiplié par dix, notamment à cause du tarissement des flux de gaz russe vers l'Europe depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le prix de gros de l'électricité pour 2023 atteint un nouveau record à plus de 1 000 euros le mégawattheure, contre 85 euros il y a un an© Fournis par France info

Un marché de plus en plus tendu. Le prix de gros de l'électricité pour 2023 en France a battu, vendredi 26 août, un nouveau record à plus de 1 000 euros le mégawattheure (MWh) contre environ 85 euros il y un an.

Plusieurs causes sont à l'origine de l'explosion des cours, à commencer par le tarissement des flux de gaz russe vers l'Europe depuis le début de la guerre en Ukraine : nombre de centrales thermiques utilisent du gaz pour générer de l'électricité. Le gaz se faisant plus rare, son prix est également à des niveaux records de prix.

En France, seuls 24 des 56 réacteurs nucléaires d'EDF fonctionnent en ce moment, notamment en raison d'un problème de corrosion, ce qui réduit la production électrique française à un niveau historiquement bas, et fait mécaniquement augmenter les prix.

vendredi 23 septembre 2022

Radioactivité

 La guerre Russie/Ukraine nous montre la dépendance de l'Europe des 27 au gaz et pétrole russe, particulièrement l'Allemagne qui souhaitait réaliser sa transition énergétique en s'appuyant sur des centrales électriques au gaz ?

La France opterait sur le nucléaire (1/3 nucléaire + 2/3 énergie renouvelable).

Problème, le nucléaire fait peur aux populations suite aux accidents de Tchernobyl et Fukushima.
Les menaces à peine voilées des dirigeants russes n'aident pas à plus de sérénité.

Serait-ce possible de faire la part des choses ?

https://fr-fr.facebook.com/osonscauser/videos/tous-irradi%C3%A9s-la-radioactivit%C3%A9-au-quotidien-tchernobyl-fukushima/1317837301941850/




Cette première vidéo est une introduction au sujet « radioactivité », pour connaître la suite il faut être abonné à Osons Comprendre.















Pour le bilan des accidents de Tchernobyl ou Fukushima, idem, être abonné. Ci-dessous les points clés pour savoir de ce qu’il en retourne.

 POINTS CLÉS :

Pour Tchernobyl, les estimations du nombre de mort varient selon le modèle scientifique “d’effet sanitaire des petites doses de radiation” appliqué. Les estimations maximales utilisent un modèle LNT qui prévoit des morts par cancers chez les centaines de millions d’Européens exposés aux très faibles doses (autour de 1mSv) du fameux “nuage de Tchernobyl”. Ces estimations maximales comptent jusqu’à 20 000 morts causées par le surcroît de radiation d’ici à 2065. L’estimation minimale ne compte que les morts avérées et se chiffre en centaines. L’estimation intermédiaire suppose quant à elle que les expositions en dizaines de mSv causeront bien des morts par sur cancer mais s’écarte du modèle LNT en jugeant sans danger les expositions à de très faibles doses (< 7 mSv). Cette estimation intermédiaire donne 4000 morts au total d’ici à 2065. C’est l’estimation retenue par les grands organismes internationaux.

Pour Fukushima, le bilan maximal donne la fourchette “entre 200 et 500 morts sur plusieurs décennies”. Le bilan minimal retient le chiffre de “zéro mort par les radiations”.

Le bilan humain des radiations à Tchernobyl comme à Fukushima varie beaucoup, vous l’avez compris, selon le modèle de dangerosité des faibles doses utilisé. Le bilan humain de ces catastrophes, lorsqu’on l’évalue scientifiquement avec rigueur, est néanmoins bien éloigné, même dans ces estimations maximales, de l’image collective qu’on peut avoir de ces catastrophes. Aucunes estimations sérieuses n’avancent des chiffres de “plusieurs centaines de milliers de morts de Tchernobyl” qui sont parfois repris par des militants anti-nucléaires.

Attention, nuancer le bilan humain de ces catastrophes ne signifie absolument pas en minimiser la gravité. Ces deux accidents figurent parmi les pires catastrophes industrielles de l’humanité. Leur impact économique sur les régions évacuées et – pour Tchernobyl – condamnées, a été très important. Les estimations se chiffrent en dizaines de milliards de dollars et un tel accident sur une centrale française pourrait avoir des conséquences inestimables.

Cela dit, la peur des radiations a aussi eu des conséquences très graves. Les victimes irradiées se sont crues condamnées, et ont adopté des conduites à risque. Elles ont été discriminées, mis à l’écart. C’est triste à dire, mais la peur des radiations a peut-être causé en réalité plus de dommages que les radiations elles-mêmes ! L’évacuation forcée à Fukushima a fait plus de 600 morts et dans le meilleur du meilleur des cas elle n’aurait sauvé que 250 vies.


Calibrer notre peur de la radioactivité au “bon niveau” est indispensable pour mieux réagir en cas de catastrophes. Trancher la controverse scientifique sur l’effet des petites doses de radioactivité sera un énorme atout pour adapter notre réponse collective à la radioactivité. Une fois la controverse tranchée, on saura beaucoup mieux à partir de quelles doses une zone doit être évacuée, devient inhabitable ou, au contraire, à partir de quand il est possible pour l’homme de revenir.

Suite sur Osons Comprendre

Ce résumé (Points clés) ne concerne que la vidéo 1/3, pour approfondir le sujet « Tchernobyl/Fukushima », 2 autres sont disponibles pour les abonnés à Osons Comprendre.


vendredi 16 septembre 2022

Hydroélectricité

 


REPORTAGE. Des citoyens financent une centrale hydroélectrique

Pascale LE GARREC. – Le 7 août 2022
Source :
REPORTAGE. Des citoyens financent une centrale hydroélectrique (msn.com)

Dans la Sarthe, à Sceaux-sur-Huisne, un ancien moulin produit de l’électricité grâce à la force de l’eau. Une toute petite production, initiée et supervisée par des particuliers. Troisième volet de notre série.

Plus d’un siècle qu’on n’y moud plus le blé et bien plus longtemps encore qu’on n’y forge plus rien. À Sceaux-sur-Huisne, le moulin de La Rochette daterait d’avant 1789. Il a traversé le temps et l’histoire, conservant un charme bucolique apaisant. Dans la campagne de cette commune sarthoise de moins de 600 habitants, le site vient pourtant de reprendre du service. Depuis le 23 mars 2021, il fournit de l’électricité grâce à la force de l’eau, renouant avec l’activité hydroélectrique qu’il a exercée de 1917 jusqu’en 1970.

José Mendez, 53 ans, nous présente avec une certaine fierté la petite centrale flambant neuve qui a remplacé l’ancienne installation désaffectée. Professeur de mathématiques, ex-ingénieur en satellites, il a supervisé le projet, représentant les centaines de particuliers qui ont mis en commun leurs économies pour que le site voit le jour.

© Alice Mouchard, Ouest-France L’ancienne centrale hydroélectrique désaffectée à partir de 1970 a été transformée en garage par les actuels propriétaires du moulin.

Car la particularité de cette « microcentrale » est d’être un « projet citoyen », entièrement financée par des citoyens, à travers la société SO Énergies. José Mendez préside cette Société par actions simplifiées (SAS), créée en 2016 pour construire et exploiter le site de La Rochette et un deuxième projet au Bourray, à une quinzaine de kilomètres de là.

© Alice Mouchard, Ouest-France Le ruisseau de contournement permet aux poissons de passer à côté de la centrale hydroélectrique. Les pierres les aident à remonter le cours d’eau.

« Limitant les atteintes à l’environnement »

Alors que les installations hydroélectriques sont souvent critiquées pour leur impact sur la biodiversité, José Mendez tient à montrer l’aménagement réalisé pour permettre aux poissons de remonter le cours d’eau, en empruntant un ruisseau qui contourne l’installation. On a construit une passe à enrochement avec des pierres pour qu’ils puissent passer et frayer, ce qui n’était pas possible depuis des décennies. On voulait rétablir un équilibre écologique, explique-t-il. ​L’objectif ici est de produire de l’électricité renouvelable en limitant les atteintes à l’environnement, car l’eau est un bien public.

© Alice Mouchard, Ouest-France José Mendez, président de SO Énergies, devant le tableau de bord de la centrale hydroélectrique de la Rochette, entièrement automatisée.

Derrière SO Énergies, deux structures portées et financées par des citoyens et spécialisées dans le renouvelable : le réseau Énergie Partagée et la coopérative ErCiSol (https://www.ercisol.fr/). Il y a aussi treize particuliers, dont José Mendez, qui ont apporté chacun de 6000 à 100 000 €, soit un quart du budget total de la centrale de La Rochette (1,4 million d’euros dont 400 000 € pour la turbine).

© Alice Mouchard, Ouest-France Une deuxième centrale hydroélectrique financée par des citoyens est prévue ici, derrière, la papeterie de Saint-Mars-la-Brière (Sarthe).

Lui s’est facilement laissé convaincre depuis qu’en 2013, il est tombé ​sur une communication d’Énergie partagée intimant : « Plutôt que d’investir dans un Livret A, placez votre argent dans nos projets d’énergie renouvelable… » L’autonomie énergétique, la production locale, sont des thèmes qui m’intéressent depuis le lycée » , précise-t-il. ​La suite, la présidence de SO Énergies qu’on lui confie, la centrale de La Rochette qui se concrétise, il la présente comme un alignement de planètes » et insiste sur ​« l’aventure humaine​. On devine un gros investissement personnel. Quand je prends une décision, je pense aux citoyens qui sont derrière, j’ai une responsabilité.

Lire aussi les autres articles de notre série :

ENTRETIEN. Marc Mossalgue, d’Energie partagée, le réseau qui aide les projets d’énergie citoyenne

REPORTAGE. Un collectif de citoyens finance la pose de panneaux solaires pour une électricité locale, à Granville

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La production de La Rochette atteint en moyenne 800 mégawatts heure par an. L’équivalent de la consommation de 250 à 300 foyers (hors chauffage). Une goutte d’eau à l’échelle du pays, mais intéressante pour le territoire, surtout dans un contexte « de problèmes énergétiques ». Il détaille : « L’électricité produite est revendue à EDF pendant vingt ans, environ 10,31 centimes du kWh en été, 19 centimes en hiver. »

« On a un idéal mais on cherche aussi une rentabilité »

Sous le bâtiment qui abrite l’installation, la turbine tourne au ralenti. Un débit de 5 m3 relevé sur le tableau de bord. La production n’est aujourd’hui que 46 kilowatts heure contre 160 les jours de gros débit. ​Faute de pluies, l’année 2022 s’annonce moins prometteuse que prévu.

Mais pour José Mendez, la rentabilité ne fait aucun doute. Les citoyens-investisseurs ont un idéal mais ils sont aussi pragmatiques et cherchent aussi la rentabilité. Investir dans une centrale hydroélectrique, ce n’est jamais à perte. Il y a des demandes pour racheter des centrales de toute l’Europe », assure le président de SO Énergies qui déplore une méconnaissance générale de l’énergie hydroélectrique.

La centrale du Bourray devrait produire 950 mégawatts heure par an, l’équivalent de la consommation de près de 300 foyers. José Mendez et les autres investisseurs espèrent qu’elle entrera en fonctionnement d’ici un à deux ans.